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Extrait n°3 : Le rôle des artefacts cognitifs, des objets intermédiaires et des objets frontières dans la co-création

Chapitre 2 : Recherche des facteurs de production et de détermination de valeur dans les ateliers de co-création - Design et collectivité
Recherche en design sur les ateliers de co-création 9 mois Année : 2018

Les moyens d’un atelier de design sont l’ensemble des outils et des supports utilisés au cours d’une session de créativité (ex : cartes, schéma, mindmap, posters…)

Nous pouvons distinguer trois catégories de moyens : les artefacts cognitifs qui stimulent la créativité (ex : cartes d’inspiration), les objets intermédiaires qui formalisent et représentent une pensée (ex : schéma) et les objets frontières qui synthétisent et figent une pensée ou une idée (ex : poster).

Dans cet article vous découvrirez un extrait du deuxième chapitre de mon mémoire sur « La création de valeur par le design dans les ateliers de co-création ». Ce mémoire a pour objectif de déterminer les éléments qui créent de la valeur dans les ateliers de co-création. Ainsi, j’ai été amenée à analyser les moyens utilisés par les designers dans les ateliers de co-création. Puis, j’ai distingué ces derniers en trois catégories : Les artefacts cognitifs, les objets intermédiaires et les objets frontières.

Au travers de ce mémoire, je vous partage les observations, les interviews, les lectures et les conférences qui m’ont permis d’établir cette classification des ateliers de co-création. Pour en savoir plus n’hésitez pas à le télécharger (Bientôt disponible).


Plan des articles du mémoire

Introduction & Résumé du mémoire

Méthodologie & Processus de recherche

Extrait n°1 : les typologies d’ateliers de co-création

Extrait n°2 : Les moyens d’un atelier de co-création

Extrait n°3 : Le rôle des artefacts cognitifs, des objets intermédiaires et des objets frontières dans co-création

Extrait n°4 : Expérimentations

Macro-projet : Les apports des effets inattendus des moyens dans un atelier de co-création


Chapitre 2 : Recherche des facteurs de production et de détermination de valeur dans les ateliers de co-création

Partie 2 : Les moyens du design

2.2 – Les artefacts cognitifs

Selon Donald À. Norman, “un artefact cognitif est un outil artificiel conçu pour conserver, exposer et traiter l’information dans le but de satisfaire une fonction représentationnelle”..

Bernard Conein, et al. Les Objets Dans L'action: De La Maison Au Laboratoire. Editions De L'Ecole Des Hautes études De Sciences Sociales, 1993

Nos observations ont montré que les artefacts cognitifs stimulent la production d’idée. Omniprésents dans notre quotidien, les artefacts ont permis d’amplifier notre efficacité, notre puissance et notre intelligence. L’utilisation et la création d’outils artificiels font partie intégrante des caractéristiques de notre espèce.1 Les artefacts sont le support de l’activité humaine. Ils permettent de renforcer une attitude humaine et augmentent les capacités cognitives.

Erika-Cupit-Le-rôle-des-artefacts-cognitifs-dans-co-création

En effet, les artefacts cognitifs modifie l’interaction entre l’individu et sa tâche en “amplifiant les capacités de la pensée humaine”2. Néanmoins, il existe deux points de vue sur les artefacts (fig. 13). Le point de vue-système sur l’artefact cognitif prend en compte la personne, l’artefact et sa tâche. Ce point de vue considère que les artefacts améliorent la performance de l’individu, sans nécessairement amplifier ses capacités. Par exemple, un porte-voix amplifie la portée de la voix d’une personne, mais pour autant ne change pas ses capacités vocales. Le point de vue de la personne sur l’artefact cognitif prend en compte l’artefact et la tâche. Dans cette configuration, l’artefact n’améliore pas la cognition, mais modifie la tâche initiale en une nouvelle. Il engage donc un processus d’apprentissage sans changer les aptitudes de l’individu. Par exemple, l’utilisation d’une liste est une tâche préparatoire (la dresser, la lire et l’interpréter) qui précède l’exécution de la tâche initiale ou de l’action. Hutchins affirme qu’elle permet de distribuer l’effort cognitif (pré-computation) dans le temps et entre différents acteurs (cognition distribuée). L’usage de l’artefact cognitif permet une meilleure exécution de la tâche et une plus grande fiabilité.

Pour résumer, ces deux points de vue sur l’artefact cognitif s’accordent sur le fait qu’il modifie la façon d’accomplir une tâche. De plus, le niveau d’expertise, l’habileté, la perception et la nature de la tâche sont des facteurs à prendre en compte. Ainsi, nous nous placerons du point de vue-système, car effectivement sans l’artefact cognitif, les personnes arrivent à générer des idées et à produire des choses (comme dans un hackathon ou un Mix). Mais, avec des artefacts cognitifs (comme dans un atelier de design thinking et du Lab) cela permet de développer la réflexion, de sortir des représentations communes, de stimuler la créativité et représenter une information.

Selon Donald A. Norman, les artefacts sont des médiateurs entre l’individu et le monde en tant que support à l’action. A la fois au moment de l’exécution d’une action et son effet sur le monde, ainsi que dans la perception, leurs interprétations et des états qui en résultent. De plus, les artefacts cognitifs peuvent acquérir une fonction d’outil représentationnel 3. La question de la représentation, nous pousse à nous intéresser à une forme plus spécifique d’artefact cognitif : les objets intermédiaires.

1. L’espèce humaine a développé des aptitudes singulières qui sont la modification de son environnement par la création d’artefacts et à transmettre par le langage aux génération futures ces modifications par le biais de prescription et procédures. M. Cole et David R. Olson “Cultural Amplifiers Reconsired”, The social fondation of language and Thougt, new york Norton, 1980.

2. Bernard Conein, et al. Les Objets dans L'action : De La Maison Au Laboratoire. Editions De L'Ecole Des Hautes études De Sciences Sociales, 1993

3. Un système représentationnel se compose d’un monde représenté (“ce qui doit être représenté”), le monde qui présente (“un ensemble de symbole”) et un interprète (“opère sur la représentation”). Donald A. Norman distingue trois types de représentation : la représentation en surface de l’information (ex: es traces de craies sur tableau), les représentations internes (artefact est une interface qui transforme les représentations interne en représentations e surface) et l’objet (l’objet devient à la fois “le moyen de contrôle (pour exécuter l’action) et en même temps la représentation de l’état de l’objet (pour l’évaluation)".

2.3 – Les objets intermédiaires

2.3.1 – La représentation, la traduction et le cadre spatio-temporel

Nous avons pu observer que l’objet ou représentations intermédiaires interviennent dans des temps d’interaction entre les participants 4. Cette notion d’objet intermédiaire émerge avec la théorie de l’acteur-réseau 5, qui insiste sur l’importance des objets dans l’action comme support de celle-ci. En effet, ils permettent de “cartographier les processus de conception, l’organisation du travail, les procédures et les ethno-méthodes.” Ils représentent l’ensemble des représentations physiques (les plans, maquettes, les croquis…) et virtuelles (CAO, résultats de calculs…) produites par les concepteurs pendant un processus de conception 6. Dans un processus de design, ils stimulent la créativité, la guident et servent d’appui à la réflexion. Selon Dominique Vinck, l’objet intermédiaire est à la fois une représentation, une traduction, un médiateur et un marqueur temporel.

La dimension représentative de l’objet intermédiaire intervient à différents moments dans le processus. En amont, l’objet intermédiaire représente le processus de pensée des participants : leurs interactions, leurs intentions, les compromis et les dissensus. Son identité, son sens et ses propriétés dépendent en partie de ce qu’y inscrivent les participants. Il est à la fois une trace et un support de ce processus. En aval, il permet une projection des attentes des participants sur le résultat. Il constitue une promesse ou une hypothèse de résultat, car il permet de s’en rapprocher.

Cette idée est complétée par une approche scientifique de l’objet intermédiaire qui le définit comme une traduction. En matérialisant le processus et les projections, l’objet intermédiaire opère donc une transformation de l’intention de son auteur en autre chose. Selon Dominique Vinck, “le passage d’un registre à l’autre, par exemple, le passage de l’intention à la réalisation ne se fait pas sans transformation7. Cette transformation n’est pas contrôlée, ni souhaitée et peut être considérée comme une trahison.

Ensuite, l’objet intermédiaire en tant que marqueur temporel, représente l’activité de conception. L’analyse des moments, des durées et des périodes pendant lesquels ils interviennent dévoile la structure temporelle du processus sociocognitif. En effet, cette étude permettrait de révéler le rôle spécifique de certains objets intermédiaires qui crée des ruptures ou des transitions . Ces moments correspondent au passage d’un type de représentation et/ou d’un langage à un autre. Donc, la nature des objets intermédiaires suivants est différente de celle du précédent. Par exemple, le passage d’un mindmap (mots) à un croquis (visuel), puis à une maquette (volume). Une fois passé à l’objet suivant il y a peu de retour en arrière. Cela crée donc un phénomène d’irréversibilité dans le processus de design. Les objets intermédiaires agissent comme des révélateurs de l’organisation temporelle et des changements.

Enfin, l’objet intermédiaire peut devenir le cadre de l’action. En focalisant l’attention des participants leurs discussions, leurs gestes et leur échange, il agit comme un cadre qui délimite, structure et différencie des espaces d’action. Par exemple, quatre personnes se regroupent autour d’un plan posé sur une table. L’orientation du plan modifie le point de vue des participants et leur activité cognitive.

Pour résumer, le statut d’objet intermédiaire n’est pas une caractéristique intrinsèque, car il le devient en passant de la sphère privée d’un participant, à la sphère interactionnelle et en étant “coproduit tout autant que l’action en cours” 7. L’objet intermédiaire n’est pas un outil figé, mais un outil évolutif qui se construit au fil des ateliers avec les participants. Ils “sont des traces de l’émergence du produit et de la construction progressive à la fois du problème et de la solution.” Ils sont à la fois le support de la facilitation et un objet de médiation. Nous allons maintenant aborder la dimension médiatrice de l’objet intermédiaire.

4. Sciences du design : pratiques et discours 02 sous la direction de Philippe Gautuer et David Bihanic - Les objets intermédiaires de conception / design, instruments d’une recherche par le design.

5. La théorie de l'acteur réseau : “Courant de la sociologie qui rend compte des constructions sociotechniques (énoncé de connaissance, innovation, dispositif, acteur, etc.) en termes de réseaux d’associations entre des entités hétérogènes (humaines et non humaines) obtenues à l’issue d’une opération de traduction (Callon, 1986).” Vinck, Dominique. “De L'objet Intermédiaire à L'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 51

6. Intermediary objects of design (IODs) Papadimitriou et al. 96, Objets intermédiaires Mer et al. 95 et Dominique Vinck 09

7. Dominique Vinck. “De L'objet Intermédiaire à L'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 51

2.3.2- Un outil méthodologique : l’hybridation de l’objet intermédiaire en le design

L’un des enjeux des moyens mobilisés dans les ateliers de co-création est “la transmission et la traduction matérielle d’une idée” 8. Il se révèle d’autant plus important, car une idée individuelle doit pouvoir se partager au groupe et au sein de culture, de discipline et de métiers différents. En effet, le paradoxe de Babel 9 représente un risque dans le processus de design, car l’intégration d’une grande diversité d’acteurs ou un groupe d’experts interdisciplinaires 10 peut se révéler complexe. Dans ce cas, l’objet intermédiaire devient un outil méthodologique qui permet d’initier un dialogue interdisciplinaire. En mobilisant et produisant des objets intermédiaires, les participants construisent des compromis, partagent leurs savoirs et font évoluer leurs points de vue. En tant que médiateur, ils interagissent avec l’inconscient de l’individu en faisant ressortir des choses auxquelles il n’avait pas pensé. C’est-à-dire en facilitant la rencontre d’aspects dissociés dans la pensée.

Dans un atelier plusieurs objets intermédiaires sont utilisés en se succédant, se combinant ou se modifiant. Ils contribuent à mettre en forme l’idée initiale, en la déformant et la déplaçant. Ce processus est partiellement contrôlé par les participants. Stéphane Mer définit deux fonctions complémentaires des objets intermédiaires qui sont de tendre vers le réel en modélisant la réalité, ainsi que de faciliter la coordination et la coopération des acteurs du projet. La première fonction considère l’objet intermédiaire comme le porteur d’un message direct et comme un messager intermédiaire. C’est la dualité entre un objet commissionnaire et un objet médiateur. “L’objet commissionnaire transmet l’idée, l’intention fidèle de son auteur alors que l’objet médiateur modifie l’intention initiale de son auteur du fait de sa matérialisation” (fig. 14). Dans ce cas, l’acteur interagit à travers l’objet, avec les idées et les intentions de son concepteur. Au contraire dans le cas de l’objet médiateur, l’acteur interagit avec l’objet lui-même. Ce dernier devient donc un acteur à part entière.

La seconde fonction concerne l’appropriation par les participants de l’objet intermédiaire. En tant que médiateurs du processus sociocognitif, les objets intermédiaires sont des appuis conventionnels 11 pour les participants. Ils peuvent être des objets « ouverts” comme les brouillons, car ils facilitent l’intégration des points de vue et des connaissances, en ayant un faible niveau de codification. Il favorise la pluralité des interprétations. Au contraire, avec un niveau de codification important, les dessins techniques qui permettent d’échanger entre les métiers de la conception et de la réalisation, sont des objets « fermés » 12. En effet, ils font appel à des conventions de haut niveau et à une expertise métier. Ils nécessitent un apprentissage et une appropriation, car ils offrent peu de “capacités d’action de conception”. C’est-à-dire qu’ils n’engendrent pas ou peu de processus créatif. Enfin, ces deux fonctions peuvent être évolutives et combinatoires (fig. 15).

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Dans le processus de design, l’objet intermédiaire peut subir une hybridation en devenant un outil méthodologique (fig. 16). De fait, il est d’abord ouvert et médiateur, puis ouvert et commissionnaire. Ce passage facilite le travail collaboratif et stabilise une seule représentation commune. Puis, les participants opèrent un processus validation (ajustement par le débat) qui fige cette représentation commune. Il devient alors fermé et commissionnaire ou médiateur.

Cependant, il existe deux pratiques : l’une pré-construit l’objet intermédiaire en amont de l’atelier et l’autre le conçoit pendant avec les participants. Dans le premier cas, il est nécessaire de vérifier, si l’objet intermédiaire est le bon support de travail collaboratif au regard de ses qualités. Par exemple, son degré d’ouverture à un impact sur son appropriation par le groupe. Dans le second cas, il faut garantir au moment de sa conception des facultés d’hybridation et plus précisément sa capacité à figer une représentation commune. Au cours du processus de design, ces pratiques demandent une validation des qualités de l’objet intermédiaires pour assurer son amélioration et son ajustement.

Néanmoins, il existe une notion de localité. Certains objets intermédiaires “ne supportent activement l’action en conception que s’ils sont construits en commun et tant qu’ils restent dans le cadre du collectif qui les a construits.” Dans leur contexte d’origine, ils sont compris de manière optimale par les participants. Mais en dehors, ils peuvent faire appel à des conventions de représentation non généralisable. Pour y remédier, l’objet intermédiaire doit bénéficier d’un “équipement”. D’après Dominique Vinck “l’équipement de ces objets intermédiaires conduit à en faire parfois des objets frontières”. 13

8. Sciences du design : pratiques et discours 02 sous la direction de Philippe Gautuer et David Bihanic - Les objets intermédiaires de conception / design, instruments d’une recherche par le design.

9. Le paradoxe de Babel (Bassereau 2013) fait référence à la tour de babel ou l’absence d’un langage commun à été un frein à son aboutissement. Il en est de même pour le du projet. Ce problème intervient dans un cadre d'interdisciplinarité de métier ou un même mot peut recouvrir des réalité différente.

10. Groupe d’expert interdisciplinaire : personne ayant une expertise métier. Selon Minel et Simon, l’échange d’information entre différents métiers n’est pas simple et peut générer des problèmes.


11. “Un appui conventionnel est un ensemble de ressources qui permettent d’élaborer une communauté de perspectives pour coordonner des actions. Il est ancré dans les personnes et dans des supports externes : objets, repères, etc. Dodier définit trois niveaux qui correspondent à trois registres de coordination permettant de construire un référentiel commun sur lequel s’appuie la suite de l’action.” Dominique Vinck. “De L'objet Intermédiaire à L'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 51.

12. Selon Mer, “la notion d’ouverture est liée à un objet laissant à l’usager une marge de manœuvre au sein de laquelle il peut plus ou moins diverger. En revanche, un objet fermé diminue et tend à faire disparaître cette marge de manœuvre. L’objet ouvert incite à un travail d’interprétation, tandis que l’objet fermé transmet une prescription”. L'objet Intermédiaire à L'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 51.

13. Selon Dominique Vinck, un objet intermédiaire n’est pas nécessairement un objet frontière. Il le devient à partir du moment ou il y a une intention pour qu’il le devienne et une reconnaissance comme tel. Ce passage devient possible par un travail d’équipement de l’objet intermédiaire . L'objet Intermédiaire à L'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 51

2.4 – L’objet frontière

Souvent confondu avec l’objet intermédiaire, l’objet frontière s’en distingue d’une multitude de manières. Bien que partageant certaines facultés de représentations de l’information, nous tâcherons de les différencier.

Théorisé par Star et Griesemer, “l’objet frontière est un objet suffisamment flexible pour s’adapter aux besoins et aux nécessités spécifiques des différents acteurs qui les utilisent et qui sont suffisamment robustes pour maintenir une identité commune”.

Donc, l’objet frontière est un outil d’intercompréhension, qui facilite la coopération en minimisant les conflits par l’établissement d’un socle commun à des disciplines hétérogènes (cf le paradoxe de Babel). Ce socle commun garantit la même interprétation et signification de l’objet, sans uniformiser ou annihiler la pluralité des points de vue. Ainsi, l’objet intermédiaire est “multiple” 14 (fig. 17) et possède “une flexibilité interprétative” 15.

Les travaux de Star et Griesemer montrent la complexité du traitement de l’information dans les interactions entre les mondes sociaux hétérogènes. 16 En effet, il existe des frontières entre eux, que l’objet frontière permet de transformer, représenter, différencier et intégrer. D’après la théorie de l’acteur-réseau, il “fait lien” en véhiculant des infrastructures et des modèles de connaissances. Etienne Wenger définit quatre dimensions : la modularité, la polyvalence, la standardisation et l’abstraction (fig. 18).

Pour résumer, l’objet frontière participe à la “stabilisation des faits” 17 dans un “processus cognitif collectif”. 18 Dans le processus de design 19, l’objet frontière peut être conçu en amont ou créé spontanément. Le premier cas requiert d’examiner si son usage est optimal ou s’il nécessite une amélioration. Le second cas, interroge sa mise en place, son adhésion, mais aussi son transfert à d’autres contextes. Ainsi, l’objet frontière est un outil analytique qui révèle la collaboration, la coordination et l’inertie 20 d’une situation.

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14. “L’objet-frontière est « multiple » : abstrait et concret, général et spécifique, conventionnel et adapté à l’utilisateur, matériel et conceptuel”. Trompette, Pascale, and Dominique Vinck. “Retour Sur La Notion D'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 5.

15. La « flexibilité interprétative » (interpretive flexibility) de l’objet-frontière lui permettant d’opérer comme support de traductions hétérogènes, comme dispositif d’intégration des savoirs, comme médiation dans les processus de coordination d’experts et de non-experts, etc. Trompette, Pascale, and Dominique Vinck. “Retour Sur La Notion D'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 5.

16. "Les mondes sociaux se réfèrent à des groupes d’activité n’ayant ni frontière claire ni organisation formelle et stable. Ils se constituent au travers de la relation entre les interactions sociales qui dérivent de l’activité primaire et la définition de la réalité pertinente. La notion relève du courant de l’interactionnisme symbolique".  Trompette, Pascale, and Dominique Vinck. “Retour Sur La Notion D'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 5.

17. Trompette, Pascale, et Dominique Vinck. “Retour Sur La Notion D'objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, vol. 3, 1, no. 1, 2009, p. 5

18. “Leurs principales vocation est de permettre le dialogue entre des acteurs hétérogènes dans un processus cognitifs collectifs”. Processus cognitifs collectifs (Brassac et Grégori, 2001 ; Fixmer et Brassac, 2004 ; Krafft, 2005 ; Teulier et Hubert, 2008 ; Fixmer, 2009).

19. L'usage d'objets frontières en design permet à cette discipline d’être appréhendée par les participants (acculturation). " l’innovation par l’usage pose donc moins la question des compétences des usagers que de la coordination et de la motivation de ces professionnels hors de tout cadre organisationnel clair.”  Boutet, Manuel. “Innovation Par L'usage Et Objet-Frontière.” Revue D'anthropologie Des Connaissances, Vol 4, 1, no. 1, 2010, p. 87

20. Son absence ou sa présence permet d’examiner les pratiques collaboratives, la coordination, il est possible que les participants ne travaille pas ensemble car il n’y a pas d’objet frontière ou qu’il est inadapté.


Mémoire de recherche en design écrit par Erika Cupit

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